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L’invitation à vivre

Trop souvent
la réception musicale
domestique
est devenue passive

Trop souvent la réception musicale domestique est devenue passive, l'auditeur maintenu à distance, inactif, vaguement concerné à condition qu'il ait une conscience minimale de ce qui lui échappe, ce qui lui est refusé, volé, réveillé de temps en temps par l'excès de décibels, écouter fort pour nier l'endormissement.

ppfff vivifie l'ardeur poétique, ppfff ouvre à la réactivité, pique au vif le cœur mélomane.

Coeur sensible, cœur d'artiste, cœurs d'artistes, l’art pluriel sans couleur ni frontière, ppfff invite le spectateur à être vivant, sensitif, concerné, impliqué, ppfff injecte l'agitation sous la peau, le rythme primal, fusion ou fission, la vérité crue, ppfff supprime l'intervalle aux musiciens, ppfff comble le vide, incarne l'imaginaire, enfante le lien immédiat entre les humains, ceux qui créent et ceux qui reçoivent.

La beauté n’est pas

un fait d’émission,

c’est un fait de réception

dit Andreas Speiser

L'instrument de reproduction musicale n'a pas pour rôle de singer une beauté factice, de fait toujours la même, décorer le langage par une altération somptueuse ou une simplification sous couvert de la vérité scientifique du zéro défaut...

L'instrument de reproduction musicale doit prendre le risque de vivre avec tous les excès du discours, révéler l'engagement fondamental, celui de l'interprète qui livre sa réflexion, son art son habileté son âme, restituer l'immédiateté, la spontanéité, l'acuité expressive du direct, afin d'honorer la perception de « Chacun »...

« Chacun » pourra alors décider si la musique jouée est « belle » ou pas, lui parle ou pas, le titille, le bouleverse, l'intéresse, l'enrichit, l'ennuie éventuellement mais pour ce qu'elle est dans sa vérité, pas parce qu'elle aura été schématisée ou embellie par les instruments de transmission.

Les mensonges
du temps

La perception du monde a évidemment évolué à travers les siècles, comme elle évolue pour « Chacun » à travers les années. Pour autant la captation d'une séance de Sonny Rollins ou du Philharmonia par Klemperer reste inchangée.

Le rôle de la haute-fidélité, terme si beau mais ô combien présomptueux dans ses mensonges, est le rôle du verre dans la dégustation de grands crus inestimables : transmettre la valeur de l'art, du document sonore ou liquide, même combat, lui permettre d'exprimer sa quintessence, sa réalité intangible, pas de l'édulcorer ou le corrompre.

Qu'importe alors la nature de l'objet émetteur tant que sa fonction, sa vocation se bornent à réincarner l'humanité lyrique du passé dont il a la charge et la responsabilité devant la valeur émotionnelle des archives si humainement précieuses que sont les musiques, même si l'enregistrement date de la veille.